Héros malgré lui

Un blogue sur la toile...

15/11/08

Le Temps des Mays

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Fermer les yeux.


Me retrouver sur cette plage du nord, abandonnée. Abandonné.

Ne pas parler, ne pas pleurer.

Me souvenir, simplement, du temps passé, à tes côtés.

 

Nous nous sommes aimés.

Il est temps, à présent, de continuer.

Chacun de son côté…


Peter.

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15/07/07

Le temps de la tante...

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Il y a des nuits où l'on se sent comme un volet qui claque.
Il y a des jours où l'on respire comme une fenêtre ouverte sur un beau soir d'été.

Pour tante May, le jour, simplement, se confond avec la nuit.
Et le monde n'est plus qu'une rumeur qui s'échoue, lentement, contre ses vitres...

Ce matin, je pense à elle.

 

Peter Parker

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29/04/07

A la fenêtre

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Elle est debout, dans sa robe de jersey bleu. Sur les épaules, son inséparable gilet de laine écru. Sa main gauche doucement caresse le dos du radiateur, éteint. Cette sensation qu'elle a, toujours, d'avoir froid... Elle regarde à la fenêtre, appuyée sur sa canne, comme ces chats placides et qui guettent vers les toits, du fond de leur panier, par instinct. Elle regarde en direction du carrefour, sans doute. En direction des voitures qui vont, qui viennent, elle qui n'a jamais rien conduit. En direction des piétons qui, là-bas, traversent la rue, elle qui marche si peu désormais et si lentement.

Elle est debout, dans ses pantoufles neuves. Ses cheveux, gris de perle, sont retenus dans un maigre chignon. Elle regarde par la fenêtre. Mais le délavé de ses yeux ne rencontre pas les couleurs en mouvement du ciel. Elle regarde simplement à travers la vitre. Que voit-elle donc dans ces silences là ? Qui cherche-t-elle derrière son grand voilage ouvert ? Le temps passe comme un vent très léger. Dans la chambre rien n'a bougé depuis tant d'années. La vie partout s'empile, comme elle veut. Elle est debout, étonnamment vivante. Je vois sa main, fragile et cramponnée, son œil, tendu, derrière des lunettes sans âge. Curieuse, encore.

 

Ecrit par Shaggoo d'après une photo originale de Peter Parker.

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19/04/07

En May, fais comme il te plait !

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Dimanche, 22 avril, 09h30. Dans le salon des Parker...

- Tante May, nous allons reprendre depuis le début : pour la 150ème fois, j'ai mis le bulletin de celui pour qui tu dois voter dans ta poche droite. Quand tu seras dans l’isoloir, tu le sortiras et tu le placeras dans l’enveloppe. C'est compris ?!
- Peter, rappelle moi, afin que je sois bien sûre : la droite c’est l’église, la gauche c’est les communistes, c'est ça ?
- Non, Tante May, ce temps est révolu et j’ai une mauvaise nouvelle pour toi...
- Laquelle ?!
- De Gaulle est mort et cela fait longtemps que ce genre de jugement n’est plus d’actualité. Et puis, tu sais, les choses ont changé depuis le général : Pompidou, D’Estaing, Mitterrand, Chirac, tous ces noms te disent quelque chose ?!
- Un peu, oui...
- Attends deux secondes, j’ai Mary Jane qui essaye de me joindre...
- Oui ?! Ah bon, super ! Et comment je vais lui expliquer ça, moi, à Tante May ?! Bon, excuse moi mais on doit y aller, là. A ce soir au fil. Bises !
- Changement de programme ! J’ai oublié de te dire que, cette année, tu vas devoir faire ton choix par... vote électronique.
- Par quoi ?!
- Hé oui, Tante May, tu vas te retrouver comme d'habitude dans l’isoloir mais là tu vas devoir choisir toute seule, face à la machine... Mais cette fois-ci, s'il te plait, promets moi que tu ne vas pas encore crier, comme la dernière fois, "Pour qui je dois voter, Peter ?!", ce qui m'a valu un joli blâme de la part de la présidente du bureau de vote. Mais ce n’était pas grave parce que j’ai souri à cette situation cocasse et que je m’en souviens encore comme si c'était hier...
- D’accord mais j’y comprends que dal moi ! Pour qui je dois voter, en fin de compte ?!
- Tante May, tu sais quoi, lorsque tu vas te retrouver seule pour faire ton choix, fais ce qu’il te plaira. Parce que moi, quoi qu’il arrive, et bien je serai toujours fier de toi : à ton âge, tu me montres encore l’exemple et puis voter c’est un droit qu’on acquiert à sa majorité. Alors vote avec ton cœur ! Et si, pour certains, cela reste une contrainte ce week-end et bien tant pis pour eux !
- Qu’est ce que tu racontes, je n'y comprends rien...
- Ne t'inquiètes pas, ce n’est vraiment pas grave. En route mauvaise troupe et après je t’emmène à la messe. Contente ?!
- Peter, tu ne me laisseras pas, hein ?!
- Non Tante May, je suis avec toi. Prête ?
- Oui.

Ce billet est pour rappeler, à certains, que le droit de vote n’est pas un leurre.
Alors n’oubliez pas de voter !
Bon week-end à tous.

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31/01/07

Comment nous dire... adieu ?

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Après ce week-end difficile où je t'ai vu perdre ton autonomie mais trouver, encore et toujours, au fond de toi cette force incroyable que j'appelle la foi de vivre, je sais bien qu'une page a tourné et que je ne pourrai plus, désormais, pour toi, pour nous, continuer comme avant, comme nous en avions pris tellement l'habitude...

Ta fille a décidé, sur l'avis du médecin, qu’il était temps pour elle de t'accompagner sur le chemin qu'il te reste encore à parcourir. Tu ne marcheras plus seule, dorénavant. C'est sans doute la meilleure solution.

J'ai mal, bien sûr. Et même si je comprends la situation, c’est un bout de moi qui s’en va. Un sacré bout, même. Comme un enfant, je l'avoue, je le sais, j'ai cette envie douloureuse et pressante de m'accrocher à toi, encore, un peu, à ce qui compte ici bien plus que moi, à ce qui constitue et pour longtemps encore tous mes repères...

Mais comment dire adieu à cette vie là ?!

Ce n’est pas comme si tu étais proche de la mort. Mais te voir quitter cet endroit qui nous a rendu si heureux, ma sœur et moi... J'en ai pleuré.

Demain je t’apporterai, comme je le fais souvent, ton petit déjeuner au lit. Je te rappellerai, comme je l'ai fait tant de fois, que ce soir, tu le sais bien, je passe la nuit chez Shaggoo. Toi tu commenceras ce matin là, même si tu n'en auras pas vraiment conscience, une nouvelle vie. Le soir venu tu seras loin de chez toi, loin de chez nous. Je ne sais pas si j’aurai la force de cacher mes larmes. J'essaierai de rester dans la pénombre de la chambre. Je te donnerai un dernier baiser qui te dira, simplement, combien je t'aime. Je ne veux pas que tu me vois triste, je ne veux pas que tu me crois malheureux. Mon Dieu ! Cette journée là, qu'elle sera donc terrible à vivre...

Ton Peter. Celui dont tu as toujours été fière.

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15/01/07

Un dimanche

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Elle est assise sur son tabouret, dans la salle à manger. Tante May m'attend, sagement. Je m'en vais chercher, dans la cuisine, la brosse à cheveux, celle aux dents de fer...

Avec prudence, je peigne ses longs cheveux gris-blancs, si soyeux. Je prends soin de ne pas lui faire mal. Mieux, j'essaie de lui procurer ce petit plaisir, ce moment d'abandon que l'on ressent à l'heure du shampoing quand le coiffeur vous masse, longuement, les tempes et le cuir chevelu. Mais de cela tante May ne sait rien.

Le silence est grand autour de nous. Je procède toujours de la même manière. Je commence par diviser en trois sa chevelure, trois longs brins que je croise et que je serre avec application, jusqu'à obtenir la natte désirée. A peine le temps d'être un peu fier de moi que déjà l'amie Colette est sur le pas de la porte. Elle accompagne tante May à la seule sortie qu'elle s'autorise et qu'elle ne manquerait pour rien au monde, désormais. Dans quelques minutes elle remerciera, avec ses mots à elle, Celui qui la préserve de la solitude et de la maladie...

Son dernier amour, sans doute.

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28/10/06

Tante May et les émeutes

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En passant l'autre jour chez Grey, le mondain, je me suis rappelé d'un moment fort à propos duquel les médias n’auront évidemment rien dit. Il y a tout juste un an, Enzo Enzo était en concert à Drancy et je m’étais précipité au centre culturel afin d’acheter deux places - pour Shaggoo et moi - sachant que cette artiste fait partie de ses chanteuses préférées.

J’étais bien content de lui faire ce plaisir et de trouver par là l'occasion de lui présenter ma banlieue sous un autre jour... Hélas, à même époque, les "sauvageons" embrasaient leurs quartiers réputés difficiles tandis que les titres des journaux télévisés rajoutaient, à leur manière, chaque jour un peu d'huile sur le thème déjà brûlant de l’insécurité.

Shaggoo ne vit pas, le soir venu, sa chanteuse préférée. J'avoue, aujourd'hui, que cela me fit de la peine. Je ne pouvais, évidement, lui reprocher sur le moment de vouloir protéger des flammes sa voiture immatriculée dans le... 75 !

C’est ainsi que je me suis décidé, au tout dernier moment, à proposer à Tante May de m’accompagner au centre culturel. Avec ce drôle d'enthousiasme qui l'anime encore, la vieille dame accepta sans hésitation et me prit aussitôt le bras en direction de la salle de spectacle, ne sachant rien de l’artiste que j’allais lui faire découvrir.

Ce fut un vrai bon moment et les tensions extérieures furent vite oubliées dès le rideau levé. Tante May, à la fin du concert, avait tenu à faire plaisir au Shagggo, patientant pour obtenir une dédicace que je lui remis dès le lendemain.

Elle était fière et heureuse, Tante May, sur le chemin du retour. Nous ne pensions plus à la menace qui, pourtant, pouvait surgir à tout moment des alentours. Nous marchions, d’un pas tranquille, rentrant chez nous. On se doute que je n'étais pas rassuré. Mais je me dis, tout le temps que dura notre marche, que si cette femme de 91 ans sortait de nuit, sans crainte apparente, dans cette ville qu’elle connaît depuis si longtemps, alors je ne devais pas avoir peur, moi non plus.

Bien sûr, à cet âge, la mémoire est sélective. Et lorsque nous évoquons, entre nous, cette soirée de novembre, elle s'en souvient comme d’un bon spectacle et parle encore de "quelqu’un de bien".

Je ne saurais, bien entendu, cautionner la violence et les destructions commises pendant ces nuits d'émeutes. Mais, voyez-vous, je n’aime pas la manière qu’ont les journalistes de traiter le malaise de nos banlieues, un an après. Et, avec le recul, je suis bien heureux d’avoir permis à Tante May d’ajouter à ses souvenirs cette soirée improvisée et d'avoir vécu, à ses côtés, un moment formidable...

Votre Peter Parker

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10/10/06

George Michael, 25 LIVE TOUR

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George,

J’ai oublié, dans ma dernière lettre, de vous dire pourquoi vous étiez si important pour moi.

Pour mieux me faire comprendre, je vais devoir remonter dans le temps, jusqu'à un certain dimanche où, encore très jeune, j’accompagnais tante May ainsi que ma sœur au marché. Nous avancions, tranquillement, entre les étals des maraîchers et les boutiques qui longeaient l’avenue, quand je suis tombé en arrêt, littéralement, devant la pochette de Careless Whisper, toute en noir et blanc, avec vous, George, en chérubin trouble et beau, torse nu, les bras croisés sur vos épaules...

Ce fut mon premier émoi, je crois, pour le corps d'un homme. Mais quel émoi ! Je réussis, sans trop de difficultés, à obtenir de tante May qu'elle m'achète le précieux 45t. Et je vous ai eu entre les mains, George. De retour chez nous, je remettais tant bien que mal d'aplomb le vieux saphir du tourne-disque de tante May. Et je vous ai eu entre les oreilles, George...

Bien sûr je ne me suis pas arrêté là. A la sortie du deuxième album de Wham, il fallut plus qu'un caprice à la vieille tante pour vous obtenir. J'ai encore un peu honte à vous l'écrire aujourd'hui mais, pour acheter votre disque, j'ai du recourir à une ruse bien connue, à l'époque : l'échange des étiquettes marquées du prix et collées au dos des pochettes !

Tous ces souvenirs, ces détails insignifiants, ces petits morceaux de bravoure, ces moments de plaisir, me sont revenus, intacts, lors de votre concert, mardi dernier. Et lorsque vous avez entonné votre Everything she wants, tout le monde s'est levé tellement vous nous aviez fait vibrer avec ce titre là !

Oui, ce concert était vraiment génial : vous avez bien fêté, avec maîtrise, avec un plaisir évident, vos 25 ans de carrière. Tout était réuni pour un show formidable : un répertoire, une voix unique, du talent et cet écran magique déroulé sous vos pieds.

Quel plaisir encore d’entendre tout Bercy reprendre Careless Whisper et de voir, à la fin du spectacle, ces milliers de bras levés sur le refrain de Freedom...

Cher George, vous ne m’avez pas déçu et j’ai passé une vraie bonne soirée. Puis-je vous demander une petite faveur en retour de tant d'admiration ?! Vous ferez savoir à la dame du rang 8 porte S, si jamais elle vous écrivait pour se plaindre, que le jeune homme en tee-shirt vert qui s'est permis de se lever pour danser sur Fast love, alors qu'elle espérait bien le voir sagement assis pendant tout le concert, que ce jeune homme c'était moi et que je l'emmerde.

Merci pour tout !

Votre Peter Parker.


Ps : Merci à Shaggoo pour la correction du texte, à ma fiancée pour m'avoir accompagné à la projection de "George Michael : mon histoire au cinéma" (dommage que le Dvd ne soit pas sorti...), merci à Cocotte pour m'avoir obtenu in extremis ces deux places (je te baise les pieds...), merci, enfin, à toutes mes amies qui supportent mon enthousiasme ! PP.

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22/09/06

Quatre-vingt douze

5h45. Je m’avance vers la chambre de Tante May, espérant bien lui faire la surprise.

C’est aujourd’hui son anniversaire et je veux être le premier à lui souhaiter.

Dans la pénombre, à pas de loup sur le parquet, j‘ouvre enfin la porte. Peine perdue : les souvenirs du passé avaient occupé sa nuit et elle était déjà réveillée…

À Tante May, née le 22 septembre 1914.

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01/09/06

Retour chez tante May

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Elle m’attend sagement sur le bord du trottoir. Sur un tabouret vert plastique prêté par le commerçant du coin. Elle sait que son Peter Parker lui revient aujourd'hui. Elle veut lui faire la surprise, l’accueillir au bord du trottoir, l'accueillir après trois semaines de vacances, trois longues semaines d'absence...

Son regard ne croise que le regard indifférent des piétons ou de quelques voisins qui la saluent, volontiers. Mais il ne croise pas le mien tandis que l’aperçois, déjà, de l’autre côté du trottoir. Je la regarde  avec un air attendri, me demandant pourquoi elle éprouve encore pour moi tant d’attachement. Peut être que toutes ces années passées ensemble, sans vrai souci, sans vrai problème, lui laissent, à la fin de sa vie, la belle satisfaction d’avoir réussi avec moi ce que, sans doute, elle n'a pas réussi avec ses propres enfants...

Et puis vient le moment, le moment où, tout à coup, le temps s’arrête. Elle me reconnaît, enfin. Son sourire en dit long et la joie de me revoir l'illumine, simplement. Moi aussi je suis heureux de la savoir heureuse et je savoure pleinement ce moment simple, celui de nos retrouvailles...

Merci, tante May, pour toutes ces années passées à tes côtés.

Posté par P Parker à 22:18 - Les chroniques de Tante May - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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